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traduit par Roméo Trottier, sdb.

Fenêtre sur la Spiritualité Salésienne
« Deux hommes regardaient par les barreaux de leur prison. L’un voyait de la boue, l’autre des étoiles. » Chacun de nous peut regarder les choses d’une façon très différente. Une fenêtre nous fait voir les choses telles qu’elles sont ;elle peut aussi déformer ce que nous voyons.La pédagogie de Don Bosco est une spiritualité; sa spiritualité est une pédagogie. Cela sera mieux compris à la lecture de cet article.

Don Bosco regardait son travail d’éducateur comme à travers quatre fenêtres différentes . Il considérait son œuvre d’éducation des jeunes comme une maison, une école, un terrain de jeux et une église ( ou paroisse). Il décrit son premier Oratoire de Valdocco à Turin comme précisément l’ensemble de ces quatre éléments. En d’autres mots, il voulait que les jeunes vivant dans les maisons salésiennes en fassent une partie intégrante, étudient , célèbrent la vie et y trouvent un sens . Ces quatre dimensions sont comme des fenêtre à travers lesquelles percevoir et comprendre le monde des jeunes.   

Il voulait que ses jeunes travaillent à s’intégrer et à se retrouver dans une école, une église, un terrain de jeux, une maison, eux-mêmes étant au centre de toutes les activités qui s’y déploient . L’équilibre était la partie vitale du modèle de ces quatre éléments. Aucun jeune n’était poussé à s’occuper davantage d’un élément au détriment d’un autre. Don Bosco employait probablement ces quatre domaines afin de vérifier le degré de croissance des jeunes qui lui étaient confiés . Quand il voyait un jeune constamment à l’église et rarement sur le terrain de jeux, cela le préoccupait. Quand il arrivait aussi qu’un jeune soit régulièrement seul et ne se sentait pas à l’aise avec les autres jeunes, il cherchait à en trouver la raison. Si un jeune passait tout son temps à étudier sans se préoccuper de ses amis, il en parlait à ses éducateurs, essayant d’y remettre un certain équilibre.   

Don Bosco employait cette approche comme moyen de comprendre le monde des jeunes. À l’exemple de saint François de Sales, il savait que les jeunes avaient besoin de courir, de faire du bruit et de brûler de l’énergie. Mais il savait aussi qu’ils avaient une grande capacité de spiritualité, ce que les adultes souvent ignorent. Il savait que les jeunes ont le goût d’apprendre mais aussi qu’ils le font mieux dans une atmosphère de famille. Don Bosco comprenait donc que le jeune a besoin d’une maison, d’une école, d’un terrain de jeux et d’un lieu sacré où se retrouver. Et il lui revenait comme éducateur, de lui fournir tous ces milieux. La vision de Don Bosco est d’actualité plus que jamais aujourd’hui, même si ce « modèle » pourrait nous apparaître de prime abord bizarre et dépassé.   

Nous ne sommes pas tous des enseignants. Et ceux qui travaillent auprès des jeunes savent comment il est difficile, par exemple, de les amener à l’église. Qu’est-ce que cette façon de penser et de faire de Don Bosco peut bien signifier de nos jours ? Comment peut-elle avoir un sens aujourd’hui ?

J’aimerais suggérer une adaptation de vocabulaire pour nous aider à mieux saisir le sens et la pertinence de ces réalités dans la vie du jeune d’aujourd’hui. Voici ma « traduction » des ces mots : 

Maison : appartenance 
École : apprentissage 
Terrain de jeux : célébration
Église : sens 

En comprenant bien ces quatre dimensions, comme parents, travailleurs auprès des jeunes, amis ou enseignants - tous éducateurs ! – nous pourrons traduire la vision de Don Bosco dans notre propre travail salésien auprès des jeunes.Un mot sur chacune. 

Maison : appartenance. Don Bosco savait que les jeunes, là où ils sont, ont besoin de se sentir chez eux : en sécurité, accueillis et acceptés. C’est alors plus facile d’établir un climat de confiance et de les accompagner dans leur croissance . Souvent ils se sentiront plus à l ‘aise pour exprimer leur joie ou leur tristesse, leur colère ou leur satisfaction. Pour Don Bosco, l’absence de spontanéité et d’ouverture signifiait que quelque chose n’allait pas. L’appartenance salésienne implique aussi de donner des responsabilités et rendre les jeunes responsables, de construire des amitiés durables. Tout cela suppose de la part de l’éducateur la création d’un environnement qui assure telle sécurité chez les jeunes qui lui sont confiés . Une écologie éducative quoi !   

École : apprentissage. Don Bosco avait compris que l’éducation formelle était une façon de se sortir de la pauvreté. Il était conscient aussi de ce que l’éducation, c’est beaucoup plus que la salle de classe; c’est une « affaire du cœur ». L’apprentissage se fait au sein des groupes de jeunes dans leurs « divers milieux », et pas uniquement dans un local de classe. Ils y apprennent le sens de la vie et découvrent le mystère de ce qu’ils sont et de ce qu’ils sont appelés à devenir : leurs talents et leurs limites. Les résultats académiques ne sont qu’une partie du but de l’éducation. L’éducateur accomplit la promesse de l’évangile : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.» C’est question de la distinction classique entre l’éducation et l’instruction. Toute personne impliquée dans l’école doit être consciente qu’il est éducateur, quelle que soit sa tâche . Le génie de Don Bosco consistait dans le fait qu’il faisait de toute expérience, autant négative que positive. une expérience éducative , Pour lui, l’expérience doit être dynamique, l’éducateur étant tantôt dans une situation d’enseignement, tantôt dans une situation d’écoute, toujours lui aussi en apprentissage. 

Terrain de jeux : célébration. Les jeunes ont besoin de dépenser leur énergie dans les loisirs, le sport et l’exercice physique. Certains peuvent penser à ces activités comme du temps perdu. Pas Don Bosco ! Il considérait cela comme vital dans le processus de la célébration de la vie. Le plus important au sujet de cette dimension de la vie est que ce n’est pas considéré comme un devoir ou un fardeau. On s’y engage pour le plaisir de le faire et cela permet de goûter à plein au moment présent. C’est sans doute cela qui a un attrait pour le jeune, et ajoutons-le, pour toute personne équilibrée. C’est l’antidote pour ceux qui se prennent trop au sérieux. Don Bosco voulait que ses éducateurs - et lui-même agissant ainsi selon sa disponibilité et aussi longtemps que sa condition de santé le lui a permis - se mêlent aux jeux de la cour, mais toujours avec un « œil d’éducateur », les encourageant à être « jeunes avec les jeunes ». Don Bosco cherchait l’équilibre entre le travail et le jeu et il s’inquiétait lorsqu’il voyait un jeune ou l’un de ses jeunes collaborateurs religieux donnant un temps démesuré à l’étude ou à la piété.  

Église : sens. Dans les oratoires salésiens, la chapelle ou l’église est traditionnellement située près du terrain de jeux. Relier la foi et le jeu fait partie de la géographie salésienne. Don Bosco voulait que le sens de la présence de Dieu soit toujours dans la conscience des jeunes et on ne fermait la porte de la chapelle que tard le soir. Il encourageait ses jeunes à faire de courtes visites dans le silence de la chapelle même pendant le jeu ou en se rendant aux ateliers ou les locaux de classe. Le tabernacle, centre du lieu sacré, représentait cette approche au mystère de Dieu. Cette 4-ième fenêtre était essentielle à la vision éducative de Don Bosco. Les jeunes ont besoin d’un espace où ils peuvent se regarder, réfléchir sur leurs questions, leur troubles, leurs joies, leur avenir. Ensuite ils pourront peut-être avoir le goût de partager tout cela en toute confiance avec l’un ou l’autre de leurs éducateurs. Partager cette cathédrale de bonté et de respect avec les jeunes, là où le mystère est ressenti , est un autre aspect de ce « partage d’évangile » qui favorise la croissance et du jeune et de l’éducateur. Ce dernier ne contrôle pas l’invasion du mystère dans la vie du jeune, mais il doit être conscient de sa présence et de son action, en s’efforçant de reconnaître, comme les apôtres après la résurrection, que « c’est le Seigneur », debout sur le rivage qui les attend. C’est ce réseau d’amitié et de confiance qui donne un sens à l’église, fenêtre incontournable pour donner au jeune un sens à sa vie et au monde qui l’habite.

(à suivre) 
  
Traduit et adapté de Don Bosco Today, bulletin salésien du Royaume-Uni, article du P. David O’Malley, sdb, Lire l’original dans www.salesians.org.uk sous Youth News . 

 
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